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Livre

  • Nouvelles éditions

    Il restait quelques exemples disséminés ici et là à vendre sur Internet. Désormais "Chemins de Bretagne", une nouvelle version de l'ouvrage "La Bretagne des chemins creux" parue en 2005 est disponible en version numérique sur amazon. C'est aussi le cas de "L'estuaire à la source", la nouvelle version numérique de "Rivières de Bretagne" parue en 2006. Les amateurs de liseuses pourront également se procurer en version kindle "Veilleurs de mémoire", "Le bestiaire de Brocéliande", et "Le  livre des cidres". 

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  • préface "Voyage dans l'au delà : les Bretons et la Mort" par Bernard Rio

    Voyage dans l'au-delà, les Bretons et la Mort

    Bernard Rio

    éditions Ouest-France

    Préface de Claude Lecouteux,

    professeur émérite à La Sorbonne

    Parmi toutes les interrogations humaines, la mort occupe une place centrale et l'histoire des mentalités en témoigne à l'envi. Bernard Rio nous emmène ici à la découverte des croyances et des rites liés au trépas dans une province possédant une très forte identité culturelle, la Bretagne armoricaine.

    Au cours des dernières décennnies, la mort a fait l'objet de recherches approfondies qui ont considérablement éclairé le sujet. En étudiant un autre terroir, le Pays-de-Galles, Marie Capdecomme a traité de la survie des morts[1]; Christophe Pons a fait de même pour l'Islande; Lutz Röhrich a abordé les rapports de la danse avec la mort, Rainer Stöckli s'est penché sur la danse macabre[2], Holger Muench[3] s'est occupé de la culture sépulcrale qui possède son propre musée de puis 1992, à Kassel; divers chercheurs ont traité de la mort dans les temps anciens[4] et des dialogues avec elle[5]; Laurent Guyénot s'est occupé de l'imaginaire de la mort dans les romans féeriques[6], Florence Bayart des Arts du bien mourir, Valérie Gontero de la parure des défunts[7], Bettina Spoerri des discours religieux et didactiques sur la mort[8]… La mort des Grands a fait l'objet d'un numéro spécial[9], l'entre-deux-mondes, celui de plusieurs colloques[10].

    Avec une grande logique, Bernard Rio s'élance sur les traces d'Anatole Le Braz, auquel on doit La Légende de la mort chez les Bretons armoricains, mais en faisant œuvre d'ethnologue et d'anthropologue car il embrasse un très large panorama. S'il se cantonne à une province, c'est qu'elle est particulièrement riche et possède des traditions remontant fort loin dans le temps. Or, justement, Bernard Rio s'attache à repérer tout ce qui a pu subsister d'anciens rituels et de personnages celtiques, dieu aux liens, etc.

    Les différents chapitres de cette magistrale synthèse nous confrontent à un ensemble de pratiques qui ont pratiquement disparu de nos jours, bien que Bernard Rio donne quelques témoignages modernes surprenants. C'est un livre des plus complets, qu'on en juge ! Le lecteur y apprend tout ce qu'il a jamais voulu savoir sur les intersignes, la mort, le marteau de la bonne mort, le décès, la toilette funèbre, l'habillement du défunt, les dons mis dans le cercueil – des chaussures par exemple car le de cujus va entreprendre un voyage -, la veillée, la cérémonie de funérailles, avec la réponse à la question: pourquoi place-t-on la bière dans l'église au centre du transept? Bernard Rio partage aussi avec nous les résultats des découvertes archéologiques, comme ces lourdes pierres posées sur le défunt, ou ces pierres déposées dans la bouche, ou encore les morceaux de fer clouant le corps dans la tombe, indices certains de la peur d'un retour du mort. Il nous explique la coutume de conserver les crânes alors que le reste du squelette rejoint l'ossuaire et la met en rapport avec la pratique des têtes coupées chez les anciens Celtes et rapproche des saints céphalophores. Il nous livre de passionnantes remarques sur l'emplacement de la tombe, dans ou hors du cimetière, sépulture sur laquelle vont se développer des pratiques de dévotion populaire et, au passage, sait nous parler des lanternes des morts, de l'inhumation dans l'église, de la commémoration des défunts à la fête de Tous les Saints qui, semble-t-il, a remplacée celle de Samain chez les Celtes et qui a été folklorisée en Halloween, des chevaux psychopompes. Il sait nous parler de l'arbre des morts, et on se souviendra de la croyance voulant que certains défunts fassent leur purgatoire dans un arbre. Il rapproche cet arbre de l'if de Ross et de Mugna (Irlande) et en décrypte le symbolisme...

    Les crimes et les châtiments sont une autre facette du sujet, et Bernard Rio montre combien de conséquences ils appellent, que ce soit en marquant la terre, en la stérilisant, c'est-à-dire en la tuant, et les emplacements ainsi marqués sont les soutiens de la mémoire ; on notera que, parfois, un phénomène naturel – des traces sur le sol – donnent lieu à des légendes étiologiques...

    La dimension iconographique n'est pas ignorée : Bernard Rio s'occupe aussi, par exemple, des représentations de l'Ankou et de la composition des retables. Il recense avec minutie tous les saints bretons qui touchent, de près comme de loin, au trépas.

    Son ouvrage ne se contente pas d'un simple recensement : ses analyses font une large part à la diachronie avec, par exemple, un exposé sur toutes ces tombes datant de la révolte des Chouans. Et puis, last but not least, son chapitre sur l'au-delà nous parle des fantômes qu'il nomme joliment « les âmes récalcitrantes », et des revenants de toutes sortes, avec des exemples parfois récents, comme lorsqu'il nous conte l'histoire d'auto-stoppeuses fantômes, un must des légendes urbaines[11] ! Tous ces mal morts, ceux dont le trépas a abrégé la durée de vie fixée par le destin - assassinés, péris en mer, insepulti, etc. - prennent de multiples formes dont l'une des plus connues est celle des lavandières de nuit, si bien représentée en 1861 sur un tableau de Yan' Dargent et que l'on peut admirer au Musée des Beaux-Arts de Quimper, ou celle des aboyeuses, des lavandières condamnées à aboyer comme des chiens pour avoir refuser d'accueillir la Vierge. Bernard Rio établit ici un parallèle avec un épisode de la mythologie irlandaise qui met en scène Cuchulainn, mais je crois que l'on pourrait aussi songer à un épisode de la vie de saint Patrick ; Giraud de Barri (1146-1223) raconte en effet ceci dans sa Topographie de l'Irlande (II,19) :

    « Les Irlandais se mirent un jour à hurler comme des loups contre saint Patrick qui leur prêchait la religion chrétienne. Pour que leurs descendants aient un signe visible du manque de foi de leurs ancêtres, le saint obtint de Dieu que certains d'entre eux fussent transformés en loups pendant sept ans et vivent dans les bois à la manière des animaux dont ils avaient pris l'apparence. »

    Nous rencontrons enfin la Chasse sauvage[12], cortège de damnés, et le chasseur maudit pour avoir transgressé un interdit religieux.

    Ce livre d'une grande richesse montre combien la vie et la mort interfèrent, combien ici-bas et au-delà coexistent, combien il existe de passages entre les deux mondes, passages temporels ou, plus rarement, locaux, combien les défunts ne disparaissent jamais totalement selon les anciennes croyances. Ils parlent, agissent, se manifestent, avertissent, conseillent, dansent, laissent des traces, sont parfois dangereux et doivent être exorcisés ou bannis, dans la peau d'un chien, noir bien sûr ! Mais ils dépendent des vivants, ils ont besoin de leur aide pour trouver enfin le repos éternel, pour gagner ce monde dont on ne devrait pas revenir si l'on est mort comme il faut et après avoir été pleuré, toiletté et enterré selon les rites ancestraux. Comme le souligne Bernard Rio, requiescat in pace n'est pas une formule creuse : c'est un ordre et un souhait. Que chacun reste à sa place ! De cette étude ressort la volonté de l'Église de capter et canaliser, de christianiser et de modifier les rites et les croyances funèbres : la place des morts est au paradis, au purgatoire et en enfer, surtout pas sur terre. Or, les Bretons ont su conserver vivant le souvenir de ces défunts qui erraient sur terre, et c'est bien là que le bas blessa le clergé.

    Aujourd'hui, bien des rites ont disparu car la société moderne a tout fait pour cacher la mort, la rendre anonyme, sur un lit d'hôpital ; la veillée et le repas funèbre, grands moments de sociabilité et moyens de faire son deuil, ne jouent plus le rôle d'antan et les décès prennent un caractère définitif qu'ils ne possédaient pas car les défunts restaient proche des vivants.

    Bref, le livre de Bernard Rio, illustré par de très nombreux exemples et de belles légendes, d'une érudition jamais pesante et d'un style alerte, se lit comme un roman passionnant et apporte une pierre supplémentaire à l'histoire des mentalités.

    Claude Lecouteux

    Professeur émérite à la Sorbonne



    [1] Marie Capdecomme, La vie des morts. Enquête sur les fantômes d'hier et d'aujourd'hui, Paris, Imago, 1997.

    [2]Lutz Röhrich, “Tanz und Tod in der Volksliteratur”, in: Franz Link (éd.), Tanz und Tod in Kunst und Literatur, Berlin, Duncker & Humblot, 1993, pp. 599-634; Rainer Stöckli, Zeitlos tanzt der Tod. Das Fortleben, Fortschreiben, Fortzeichnen der Totentanztradition im 20. Jahrhundert, Konstanz, Universitätsverlag, 1996.

    [3] Holger Muench, Todesmentalitäten des Mittelalters - Mentalitätshistorische Betrachtung am Beispiel der Sepulchralkultur, Grin Verlag für akademische Texte, 2007.

    [4]Émile Jobbé-Duval, Les morts malfaisants. Larves, lémures d’après le droit et les croyances populaires des Romains, rééd. Chambéry, Éditions Exergue, 2000 ; A. Borst, G.v. Graevenitz, A. Patschovsky, K. Stierle (éd.), Tod im Mittelalter, Konstanz, UVK Universitätsverlag, 1993 (Konstanzer Bibliothek, 20); Daniel Schäfer, Texte vom Tod. ZurDarstellung und Sinngebung des Todesim Spätmittelalter. Göppingen, Kümmerle, 1995 (G.A.G. 620); Herman Braet, Werner Verbeke (éd.), Death in the Middle Ages, Louvain, University Press, 1983 (Mediaevalia Lovaniensa I/IX); Irmgard Wilhelm-Schaffer, Gottes Beamter und Spielmann des Teufels. Der Tod in Spätmittelalter und früher Neuzeit, Köln, Weimar, Wien, Böhlau Verlag, 1999;

    [5] Charles Zarembra, Le dialogue de maître Polycarpe avec la mort et autres textes macabres polonais, Paris, Institut d'Etudes slaves, 1997; Johannes von Tepl, Le laboureur de Bohême, dialogue avec la mort, trad. Et commentaire par Florence Bayart, Paris, P.U.P.S., 2013.

    [6] Laurent Guyénot, La mort féérique. Anthropologie du merveilleux, XIIe-XVe siècle, Paris, Gallimard, 2011 (Bibliothèques des Histoires).

    [7] Valérie Gontero, “Le corps paré du défunt. Les rites funéraires dans le Roman d'Eneas”, Senefiance 47 (2001), pp. 139-152.

    [8] Bettina Spoerri, Der Tod als Text und Signum. Der literarische Todesdiskurs in geistlich-didaktischen Texten des Mittelalters, Bern, Berlin, Frankfurt, Peter Lang, 1999.

    [9] La Mort des Grands, Médiévales 31 (1996).

    [10] Arlette Bouloumié (éd.), Les vivants et les morts. Littératures de l'entre-deux-mondes, Paris, Imago, 2008; Karin Ueltschi & Myriam White-Le Goff (éd.), Les entre-mondes: les vivants, les morts, Paris, Klincksiek, 2009.

    [11] Cf. Véronique Campion-Vincent, Jean-Bruno Renard, Légendes urbaines, rumeurs d'aujourd'hui, Paris, Payot, 1992.

    [12] Voir la splendide étude de Karin Ueltschi, La Mesnie Hellequin en conte et en rime. Mémoire mythique et poétique de la recomposition, Paris, Champion, 2008 (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 88).

     

  • Voyage dans l'au-delà : les Bretons et la Mort

    "Voyage dans l'au-delà : les Bretons et la mort" de Bernard Rio

    préface de Claude Lecouteux, professeur émérite à La Sorbonne

    Parution le 5 septembre aux éditions Ouest-France

    Les Bretons entretiennent des relations singulières avec la Mort et les morts, tel est le constat de cette vaste enquête dans la Bretagne d’aujourd’hui. “L’Ankou” n’est pas seulement un personnage de légende. Ce “conducteur des morts” dans l’au-delà apparaît toujours au 21e siècle comme en attestent plusieurs témoins dignes de foi. A l’ère d’internet, les Bretons perçoivent  de nouveaux intersignes annonçant les décès ou révélant la présence des “Anaon”, les “âmes errantes” qui hantent les chemins et les maisons. Perdues au fond des bois, des  tombes immémoriales continuent de recevoir les offrandes de visiteurs anonymes !

    Quel sens donné à ces phénomènes mystérieux, révélateurs d’un véritable culte des morts et d’une croyance dans l’autre monde ? Qu’est-ce que le marteau bénit ? Pourquoi dépose-t-on le cercueil du défunt à la croisée du transept dans l’église ? A quoi reconnait-on la présence de l’Anaon ? Qui est l’autostoppeuse fantôme ? Où voir la danse macabre ?  Qui sont les passeurs d’âmes ? Autant de questions auxquelles Bernard Rio apporte des réponses  dans ce livre qui renouvelle complètement la célèbre légende de la Mort écrite par Anatole Le Braz au XIXe siècle. “Voyage dans l’au-delà” par Bernard Rio est un livre essentiel pour qui veut décrypter les intersignes et comprendre les rites funèbres de la Bretagne ancienne et moderne.

    Avant-propos

    « Les morts instruisent les vivants » écrit François-René de Chateaubriand dans les « Mémoires d’outre-tombe »[1]. La formule est éloquente, mais est-elle vraie ?

    Sans conteste,  l’homme vivant est préoccupé par la mort. Mais ce « gouvernement des morts », selon Auguste Comte[2] dans le « Catéchisme positiviste » peut ne pas être une fatalité.

    Les racines de ma famille, dans la partie occidentale du pays vannetais, ont de facto contribué à l’intérêt que je porte depuis l’enfance aux « choses » de l’autre-monde. Elles ne m’ont cependant pas emprisonné dans le passé ou dans la nostalgie. Il y a beaucoup à apprendre en écoutant et en étudiant les morts, tandis que nier l’au-delà n’est pas s’en affranchir.

    Aux récits familiaux notamment les « choses » vues et racontées par mon aïeule, ont succédé les lectures notamment « La légende de la Mort » d’Anatole Le Braz[3], puis les rencontres avec les vivants qui voient et passent les âmes des défunts, jusqu’au jour venu où il m’importait de partager ce voyage dans l’au-delà. Cette traversée dans la mémoire et le paysage n’est ni passéiste ni morbide, mais elle est sans fin car les hommes vivent avec les morts. Admettre cela, c’est, je crois, apprendre à se libérer de la peur et du passé, accepter l’éternité. « Les dieux sont des hommes immortels tandis que les hommes sont des dieux mortels »  prétendait le philosophe grec Héraclite[4]. C’est cette part d’humanité des morts et cette part de divinité des hommes que cet ouvrage essaie d’aborder.

    [1] François-René de Chateaubriand, « Mémoires d’outre-tombe », 1849-1850.

    [2] Auguste Comte, « Catéchisme positiviste », 1852.

    [3] Anatole Le Braz, « La légende de la Mort chez les Bretons armoricains » 1893 et 1902.

    [4] Héraclite « Fragments » 62, X, 10,6, édition Hermann Diels, 1903, traduction Marcel Conche, PUF, 1986.

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    Voyage dans l’au-delà

    Les Bretons et la Mort

    Introduction

    I L’annonce de la mort

    Les annonces préliminaires

    À la vie à la mort

    La roue cosmique

    La charrette de la Mort

    La Mort

    La danse macabre

    Cauchemar et cheval de nuit

     II La Mort

    Le départ de l’âme

    La veillée funèbre

    Le cortège funéraire

    De l’église à la tombe

    Absence et substitution

    La lanterne des morts

    Le repos éternel

    Le repas des funérailles

     III Le culte des morts

    Les tombes de mémoire

    Les têtes coupées

    La Toussaint

    L’arbre des Morts

    L’If d’immortalité

     IV L’Au-delà

    Le chemin des âmes

    La barque de nuit

    La baie des Trépassés

    Les âmes des noyés

    Les âmes des défunts

    Les âmes récalcitrantes

    Les âmes errantes et revenantes

    Les lavandières de nuit

    Les chiens de l’enfer

    La chasse sauvage

     Conclusion