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Saints faiseurs de pluie

es scheresses ponctuent le cours du temps et marquent la mmoire des hommes. Celle de 1976 est reste dans les annales bretonnes. Des pratiques que des esprits rationalistes pensaient dfinitivement disparues ont alors resurgi un peu partout en Bretagne. Qu’il ft agriculteur ou jardinier amateur, le Breton s’est alors souvenu de quelques saints faiseurs de pluie qu’il crut opportun d’invoquer. C’est ainsi qu’une cr- monie religieuse eut lieu au cours de l’t 1976 l’glise Saint-Patern Vannes... Le saint homme tait en effet rput pour faire tomber la pluie, et ce depuis l’an 418, c’est--dire trois ans aprs sa mort, le 15 avril 415 !

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Des saints faiseurs de pluie

Les scheresses ponctuent le cours du temps et marquent la mmoire des hommes. Celle de 1976 est reste dans les annales bretonnes. Des pratiques que des esprits rationalistes pensaient dfinitivement disparues ont alors resurgi un peu partout en Bretagne. Qu’il ft agriculteur ou jardinier amateur, le Breton s’est alors souvenu de quelques saints faiseurs de pluie qu’il crut opportun d’invoquer. C’est ainsi qu’une cr- monie religieuse eut lieu au cours de l’t 1976 l’glise Saint-Patern Vannes... Le saint homme tait en effet rput pour faire tomber la pluie, et ce depuis l’an 418, c’est--dire trois ans aprs sa mort, le 15 avril 415 !

La chronique rapporte que l’vque de Vannes mourut en exil et que scheresse et famine envahirent le pays pendant trois annes, en dpit des prires et processions publiques clbres pour apaiser la colre divine. La suite est consigne par Albert Le Grand :

 

“Enfin, on s’avise que saint Patern avoit quitt la ville et diocse de Vannes, sans y avoir laiss sa sainte bndiction. L dessus le conseil se tint, et dputat-on une honorable compagnie pour aller en France qurir le saint corps ; on y alla, mais comme on voulut le lever sur le branquart, il devint si lourd et pesant, qu’on ne le pouvoit seulement lever de terre. Cela attrista grandement tous les assistans, jusqu’ ce qu’un Bourgeoirs de Vannes s’avana parmy les autres et dist : « Messieurs, nostre saint Prlat dfunt m’a autres fois souvent demand un lieu et mtairie que j’ay s faux- bourgs de nostre ville, pour y difier une glise, dont je l’ay toujours refus ; mais je luy promets, devant Dieu, ses saintes reliques et toute la compagnie que, s’il luy plaist se laisser emporter en sa ville et la nostre, non seulement je luy donneray ce mieu, mais de plus y feray bastir une glise mes propres cots et dpens (1)”.

 

C’est ainsi que les reliques de saint Patern trouvrent place dans l’glise qui lui fut btie et ddie Vannes, que la pluie se mit tomber et que la prosprit revint. Cet pisode merveilleux correspond un schma antique o le souverain tait garant de l’harmonie de son royaume, au point que toute faute commise par lui ou contre lui portait atteinte la terre et ses habitants. Tel est d’ailleurs le sens de la « terre gaste » et du « roi mhaign » dans le cycle du Graal. Vannes, c’est Patern qui remplit cet office bienfaiteur. L’injustice rpare, les reliques du saint prirent leur place lgitime et remplirent leur fonction protectrice dans la cit.

En invoquant saint Patern en 1976, tout comme en 1990, les paroissiens vannetais ont perptu un vieux rite visant s’en remettre au gnie tutlaire pour apporter une solution une actualit proccupante – en l’occurrence, faire tomber la pluie.

La fte de saint Patern est fixe au 15 avril, jour anniversaire de sa mort. Le pardon a lieu le mois suivant, le 21 mai, correspondant la translation de ses reliques. Lorsque je me suis rendu, en 2012, ce pardon urbain, c’est une belle surprise qui m’attendait. D’une part, le pardon tait toujours l’honneur, contrairement ceux d’autres villes bretonnes tombs en dsutude. D’autre part, il ne se cantonnait pas l’intrieur de l’glise. Le chef de saint Patern et sa bannire sont en effet ports en procession, la veille au soir, lors d’une procession aux flambeaux sur la place.

Le saint vannetais n’est pas une exception en Bretagne. Il en est de mme la limite d’Arthon-en-Retz et de Saint-Viaud, o saint Vital fait l’objet d’une dvo- tion spciale par temps caniculaire. La source situe proximit de son ermitage est rpute intarissable. Chaque anne s’y tient une messe « pour les biens de la terre », le dimanche qui suit l’Ascension, avec une attention particulire lorsque le temps l’exige. La messe est clbre en plein air prs de la source que saint Vital fit jaillir au viie sicle. Quelques dizaines de personnes maintiennent la tradition, prs de l’oratoire construit en 1923 par Jean-Marie Filoteau aprs qu’il fut exauc par saint Vital.

Cette fte de printemps Saint-Viaud est aujourd’hui une exception dans le calendrier. La procession des rogations tait auparavant une gnralit. Il aurait t impensable, dans une socit paysanne et chrtienne, de ne pas clbrer la « fte des pis », feriae robigalium, du latin Robigus, le gnie protecteur contre la rouille du bl (robigo), et du latin rogare, « demande »... Les plerins sollicitaient la protection des rcoltes et la pluie pour fconder la terre. Hrites des antiques ftes romaines (2), les rogations ont les rites de fcondit en commun avec la fte celtique de Beltain (3). Le choix du mardi pour clbrer la messe des « biens de la terre » l’oratoire de saint Vital correspond galement au jour mentionn dans les anciens rcits irlandais.

Aprs la crmonie prs de la source, je me rendis dans le bourg, o la grotte du saint existe toujours sur le mont Scobrit, en l’occurrence la colline o a t btie l’glise paroissiale. La grotte est ouverte aux plerins le deuxime dimanche d’octobre, jour du pardon dans l’glise paroissiale. Jadis, les plerins du pays de Retz se rendaient cette grotte en passant pralablement sous la croix perce qui se trouve dsormais sur un parterre fleuri l’cart de la rue des Coteaux. Ce rite est comparable celui des plerins qui imploraient la protection de saint Yves en passant sous son tombeau suppos Minihy-Trguier, ou des plerins de Landeleau passant sous les reliques du saint. Aujourd’hui, la pratique semble avoir disparu Saint-Viaud.

 

Des saints pour la pluie

 

Saint-Sulpice-des-Landes, la chapelle Saint-Clment est galement situe en bordure d’une mare, qui ne serait jamais sec. Les registres de la paroisse indiquent des plerinages des fins « mtorologiques » tout au long du xxe sicle. Le dernier officiellement mentionn, remontant au 22 juin 1976, rassembla quatre mille personnes ! Une dizaine d’annes plus tt, la priphrie de Nantes, le 10 juillet 1962, le cur de Sautron organisa une procession jusqu’ la fontaine de la Hubonnire, laquelle participrent plusieurs centaines de plerins. Est-ce encore envisageable aujourd’hui ?

Bien videmment, l’opration miraculeuse ne peut avoir lieu qu’ un endroit consacr, l o, par exemple, saint Vital fit jaillir une source en plantant son bton. L’eau dote de vertus thaumaturgiques rpond aux besoins profanes des plerins. La source sacre est cense appeler l’eau du ciel et rgnrer les fontaines et puits voisins. Questembert, lors des pics de scheresse, l’eau de la fontaine Notre-Dame-de-l’, Brhardec, tait ainsi puise et symboliquement reverse dans les puits des alentours (4).

Saint-Andr-des-Eaux (22), le rite tait pratiqu dans l’ancienne glise paroissiale difie prs de l’tang de Btineuc, la confluence de la Rance et de plusieurs petites rivires. Lors des scheresses, le bras reliquaire de saint Gonnery et saint Magne tait port solennelle- ment en procession jusqu’ l’tang o il tait immerg. Rguiny, les reliques de saint Clair prenaient un bain dans la fontaine le jour du pardon. Bain-de-Bretagne, Adolphe Orain rapporte que les plerins arrosaient un morceau de bois, vestige d’une ancienne statue, avec l’eau de la fontaine Saint-Melaine en rptant : « Saint Melaine, mon bon saint Melaine, arrose-nous comme je t’arrose. » Plumaudan, la statue du saint tait pareillement plonge dans l’eau tandis qu’ Plchatel, les plerins aspergeaient la statue du saint en puisant l’eau dans la fontaine Saint-Melaine. Et Hanvec, c’tait aux lavandires qu’il revenait d’asperger d’eau la statue de sainte Madeleine !

Le principe appliqu aujourd’hui est le mme qu’hier et qu’ailleurs, que ce soit dans la Bretagne contempo- raine ou dans la Grce antique : le saint chrtien, sub- stitu la divinit paenne, dclenche la pluie lorsque son image se trouve elle-mme asperge d’eau ou immerge dans la fontaine.

 

Neuf fois

 

Si le saint est invoqu comme intercesseur entre le ciel et la terre, la seule prire ne suffit pas pour que le miracle se ralise. Il convient en effet de respecter un ensemble de codes. Albert Poulain, conteur intarissable et inlassable collecteur de traditions, m’a confi qu’ Bains-sur-Oust, une vieille femme de la frairie de Saint-Men tait charge de passer de maison en maison pour faire rciter une neuvaine, afin que la pluie tombe neuf jours plus tard ! Ce chiffre ternaire revient la fontaine Saint-Steven Penmarc’h. Pour obtenir la pluie, neuf femmes se prnommant Marie vidaient la fontaine, et en faisaient le tour en rcitant le chapelet. Saint-Nic, c’tait aussi trois femmes prnommes Marie qui devaient converger de trois directions diffrentes vers la fontaine, puis la nettoyer sans changer un mot.

Saint-Men-le-Grand, la procession quittait l’abbatiale o se trouve le tombeau de saint Men, chaque 21 juin, pour se rendre la fontaine distante de 2 km. Le 21 juin 1867, plusieurs milliers de plerins furent exaucs aprs avoir prgrin la fontaine. Le rituel consistait effectuer trois fois le tour de la fontaine dans le sens du soleil, puis plonger le pied de la croix de procession dans l’eau. Pour garantir le succs du rite, il tait aussi recommand de rciter une neuvaine. La fontaine possdant des vertus thrapeutiques, les malades devaient s’y rendre neuf jours de suite pour y faire leurs ablutions. En numrologie, le neuf indique la fin d’un cycle ; quant au trois, il rappelle la Triade celtique et la Trinit chrtienne (le Pre, le Fils et le Saint-Esprit) et amne la synthse du corps, de l’esprit et de l’me... L’application pratique de ce principe tant l’union de la terre et du ciel pour par- venir l’objet du rite : qu’il pleuve ! Et pour russir cette communion, il existe plusieurs moyens.

Plonger les reliques, le pied de la croix de procession ou de la bannire dans le bassin de la fontaine, voire dans la rivire, comme Frel, telle est la coutume commune toute la Bretagne. Baulon, Bruc-sur-Aff, Gvez, Haute-Goulaine, Le Landec, Sainte-Anne-sur- Brivet, Saint-Brieuc-des-Iffs, Saint-Maudez, c’est le pied de la croix que le prtre plongeait dans la fontaine. Il existe parfois des variantes, comme Vieillevigne, o c’tait la hampe de la bannire qu’il convenait d’immerger dans la fontaine, ou encore Trmorel, o le plerin confectionnait une petite croix en bois qu’il jetait dans le bassin.

Ce sont l des rituels a priori comprhensibles par tous. Pourtant, le symbolisme de la croix ou de la bannire renvoie un rite antrieur au christianisme. En effet, il s’agit de relier la terre et le ciel. Tandis que le pied de la croix ou de la bannire repose dans la source, le haut de la hampe vise dchirer les nues pour faire tomber l’eau du ciel. Tel est d’ailleurs le symbolisme d’un des talismans du dieu irlandais Lug, une lance cinq pointes qui coupe le vent et ouvre le ciel, arme terrible que Lug doit plonger dans le chaudron du dieu Dagda pour la mettre en repos !

L’antiquit du rite est d’autant plus vidente que les saints les plus frquemment invoqus sont clbrs en t : saint Men le 21 juin, sainte Anne le 26 juillet, sainte Julitte le 30 juillet, saint Armel le 16 aot, saint Fiacre le 30 aot. Or, la fte de Lug tait clbre le 1er aot, au milieu de l’t !

 

Caniculum

 

La priode la plus chaude de l’anne correspond la constellation de Sirius, la Canicule, du latin caniculum, « petit chien ». Du 22 juillet au 23 aot, nous sommes sous le signe astrologique du Lion et de Sirius, le chien du chasseur Orion, dans la mythologie grecque. Cet apart ne nous loigne nullement du domaine bre- ton. En effet, le chasseur Orion possde son parent en Bretagne : Yvain, le chevalier au lion, lequel renverse l’eau sur le perron de la fontaine de Barenton, dans la fort de Paimpont, afin de dclencher l’orage. Dans le troisime roman du cycle du Graal, crit entre 1177 et 1181, Chrtien de Troyes relate la merveille :

 

“La fontaine – vous pouvez le croire – bouillonnait comme une eau trs chaude. La grosse pierre tait une norme meraude, perce aussi par un canal avec quatre rubis dessous plus flamboyants et plus vermeils que l’est le matin le soleil quand il apert l’orient. Sur ma conscience je ne vous fais l nul mensonge. Je fus content de voir ma merveille de la tempte et de l’orage. Ce fut folie ! Volontiers m’en serais repenti, si j’avais pu, quand j’eus arros la pierre avec l’eau du bassin. Trop en versai, je le crois ! Je vis le ciel si dmont que de plus de quatorze parts les clairs me frappaient les yeux et les nues jetaient ple-mle, pluie, neige et grle. Le temps tait si affreux que je crus cent fois tre occis par les foudres tombant autour de moi et par les arbres mis en pices. Sachez que je fus en grande angoisse jusqu’ ce que la tempte ft calme. Dieu voulut bien me rassurer : la tempte ne dura gure. Les vents bientt se reposrent et ils n’osrent plus venter. Quand je vis l’air clair et pur, de joie je fus tout assur. Et je vis amasss sur le pin des milliers d’oiseaux. Le croie qui veut : il n’y avait branche ni feuille qui n’en fut couverte. C’tait bien l’arbre le plus beau ! Doucement les oiseaux chantaient chacun en son langage. Trs bien leurs chants s’accordaient (5)”.

 

La fontaine dcrite dans le roman mdival a t identifie la fontaine de Folle-Pense Paimpont, ol’usage est de renverser l’eau sur le perron pour faire pleuvoir. Selon la charte des usages de la fort datant de 1467, il existe un « breil de Bellanton » auprs duquel le chevalier Pontus, autre hros du cycle courtois, fit ses armes. L’article 68 indique que « joignant ladite fontaine, il y a grosse pierre qu’on nomme Perron de Bellanton. Toutes les fois que le seigneur de Montfort y vient et arrose avec l’eau de la source le perron, soudain il pleut si abondamment que les biens de la terre en sont beaucoup arross ».

L’pisode de la qute du Graal et l’usage de la fort correspondent tous deux un rituel caniculaire. Il n’est donc pas anodin que le chevalier Yvain soit associ au Lion, la fois signe zodiacal du milieu de l’t et animal solaire. Mais aujourd’hui, le rite est devenu une pratique souvent vide de sens par les touristes qui dfilent dans la fort de Brocliande sans en connatre les us et coutumes. En 1976, ce fut toutefois en toute connaissance de cause que le recteur de Trhorenteuc se rendit la fontaine pour la bnir et verser son tour l’eau de Folle-Pense sur le perron. De mme, le recteur de Touvois rpta ce geste au cours de l’t1976, lors d’une procession la fontaine de Frlign.

C’est, avec Barenton, l’une des rares fontaines bouillonnantes de Bretagne. Selon la lgende, un cavalier qui mourait de soif implora le Vierge. Son cheval frappa trois fois le sol de son sabot et l’eau se mit jaillir ! Contrairement Barenton devenu un haut lieu touristique, la fontaine de Frlign demeure un lieu de dvotions. Constamment fleuri, il est propice la mditation.

La mention du cheval, animal psychopompe l’ins- tar du chien, est galement prsente sur un autre site ol’histoire et la lgende se confondent : la fontaine Saint-Raoul, dans la fort de Liffr. En 1129, le moine Raoul de la Fustaye chassait courre dans la fort lorsque son cheval se serait emball, et le cavalier et sa monture finirent leur course dans une mare, au fond de laquelle on distinguerait la marque du sabot. Comme Barenton, la fontaine Saint-Raoul est le théâtre d’orages et de faits merveilleux. Lorsque la tempte se dchane en fort, il se dit que le moine est reparti la chasse.

Raoul de La Fustaye se noya-t-il dans la fontaine ou dcda-t-il dans son lit l’abbaye Notre-Dame- du-Nid-au-Merle, Saint-Sulpice-la-Fort, le 16 aot 1129 ? Le peuple a fait son choix en canonisant Raoul de La Fustaye, devenu saint Roux, et en attribuant diverses vertus l’eau de la fontaine... dont celle de faire tomber la pluie !

 

Fertilit et fcondit

 

Le rite caniculaire attest dans les fontaines est aussi associ des rites de fertilit. Faire tomber la pluie quivaut fconder la terre. Il n’est donc pas surprenant que les fontaines rputes pluvieuses soient aussi des marieuses. Tel est le cas Notre-Dame-de-l’, Questembert, et la fontaine Saint-Fiacre-des-Iffs.

Dans la fort de Villecartier Bazouges-la-Prouse, l’oratoire Saint-Mathurin a remplac la chapelle du xve sicle permettant au duc de Bretagne et ses veneurs d’entendre la messe avant de partir la chasse. La fontaine a disparu, mais la source coule toujours, et l’oratoire remplit aujourd’hui deux fonctions : d’une part, les jeunes filles viennent toujours planter des pingles dans les pieds de la statue et y dposer des messages pour « trouver chaussure leur pied » ; d’autre part, en t, on vient y implorer saint Mathurin pour obtenir la pluie dsire. Trguennec, ce n’est pas non plus la fontaine mais devant le plactre de la chapelle Saint-Vio que le vieux rite a perdur. Selon la lgende, la pierre de Saint-Vio aurait servi d’embarcation au saint irlandais dbarqu en Bretagne au VIIe sicle. Il s’agit en ralit d’une stle orne de cupules datant de l’ge du fer (750 450 avant J.-C.), honore par les femmes du pays en mal d’enfants. l’occasion des rogations, les hommes forts de la paroisse retournaient la « pierre virer le temps » pour apporter la pluie ou le soleil, selon les saisons et les rcoltes.

Ces remue-mnage sont comparables plusieurs autres rites attests Sainte-Thumette Plomeur, Saint- Ourzal Porspoder, Saint-Cme Saint-Nic, Saint- Fiacre Treffiagat. Il s’agit de vidanger compltement la fontaine et de la balayer. Ce mnage rituel opr par des femmes a son quivalent dans les chapelles Saint- Michel Carnac, Largot Elven et Saint-Charles Saint-Mloir-des-Ondes. Ici, il ne s’agit plus de nettoyer la fontaine pour obtenir de la pluie, mais de balayer la chapelle pour que souffle le vent et que grossissent les nuages. De mme que la procession a lieu la fontaine aprs sa purge, la messe ne peut tre clbre qu’aprs le balayage rituel de la chapelle. L’office termin, le plerin ramassait la poussire et la dispersait dans le sens du vent souhait.

l’instar des obligations incombant aux vestales dans les temples antiques, le balayage des chapelles et des fontaines bretonnes correspond un nettoyage magique, une purification qui avait lieu certaines occasions et qui tait proscrite d’autres moments de l’anne ou de la journe. Ainsi, il tait interdit de balayer chapelles ou maisons au moment de la Toussaint pour ne pas loigner les mes des dfunts. De mme, il tait interdit de balayer la nuit pour ne pas carter les esprits protecteurs du lieu.

 

Religion et magie

 

Ce qui est attest pour les saints faiseurs de pluie l’est galement pour les saints du beau temps. Carnac, la fontaine Saint-Michel est vidange, nettoye et fleurie spcialement pour le jour du pardon o on demandait du beau temps. La coutume est galement connue la fontaine du Drennec Clohars-Fouesnant, la fontaine de Notre-Dame-de-Rumengol au Faou, aux fontaines Saint-Pol de Lampaul-Ploudalmezeau et de Saint-Pol- de-Lon, la fontaine Saint-Tugen Landujan, ainsi qu’ la fontaine Saint-Guirec Locquirec, la fontaine Saint-Melaine Plumelin, la fontaine Saint-Ourzal Porspoder, la fontaine Saint-Servais Saint-Servais et la fontaine Saint-Guevroc Trflez.

Croyances et superstitions, religion et magie! Aujourd’hui, il est permis chacun de douter ou de croire, de s’abstenir ou de pratiquer.

Ces rites et pratiques ont de moins en moins l’aval du clerg catholique, mais la croyance perdure. Serait-ce l une version bretonne de l’effet « placebo » ? Depuis un demi-sicle, de nombreuses tudes scientifiques menes aux USA par les professeurs Klopfer, Beecher, Cousins, Evans, etc., confirment le soulagement, voire la rmis- sion totale et dfinitive de pathologies graves avec des mdicaments placebo. « La conviction devient biologie », crit Norman Cousins (6). Le culte des fontaines pourrait correspondre cette puissance d’une croyance positive, une mdecine douce et une religion naturelle... ouverte tous, libre et gratuite. Assurment, c’est toujours plus efficace quand on y croit !

 

Calendrier Questembert (56) : pardon de Notre-Dame-de-l’ le 15 aot ;

 

procession la fontaine et messe la chapelle 10 h 30.

Vannes (56) : pardon de saint Patern le week-end suivant le 21 mai ; samedi : veille 20 h 30, suivie de la procession aux flambeaux ; dimanche : messes solennelles 9 h 30 et 11 heures, suivies d’un apritif et d’un pique-nique dans les jardins du presbytre.

Saint-Viaud (44) : pardon de saint Vital ; messe pour « les biens de la terre » le mardi qui prcde l’Ascension l’ora- toire Saint-Vital, messe le deuxime dimanche d’octobre dans l’glise paroissiale.

 

Notes

  1. Albert Le Grand, « La Vie de saint Patern », in Les Vies des saints de la Bretagne Armorique, op. cit.
  2. Voir Georges Dumzil, La Religion romaine archaque, Payot, 1966 ; Rituels indo-europens Rome, Klincksieck, 1954.
  3. Voir Franoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc’h, Les Ftes cel- tiques, ditions Ouest-France, 1995.
  4. Voir Bernard Rio et Albert Poulain, « Fontaines pour faire pleuvoir ou pour obtenir du beau temps », in Fontaines de Bretagne, Yoran Embanner, 2008.
  5. Chrtien de Troyes, Yvain, le chevalier au lion, 1176 ; trad. Jean-Pierre Foucher, Gallimard, 1982.
  6. Voir Norman Cousins, La Biologie de l’espoir, Le Seuil, 1991.

 

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